Les origines du Digital Storytelling
Tout a commencé en Californie à la fin des années 1990, lorsqu’un groupe d’artistes et de professionnels des médias a commencé à explorer l’idée de recourir à la technologie pour permettre aux praticiens amateurs et aux gens ordinaires de partager leurs histoires personnelles. Au sein San Francisco Digital Media Center, fondé en 1994 par Joe Lambert, Dana Atchley et Nina Mullen, ont été développé les bases d’un atelier communautaire appelé « digital storytelling ».
En 1998, après avoir déménagé à Berkeley et le Digital Media Center est devenu le Center for Digital Storytelling, et en 2015, l’organisation est devenue tout simplement StoryCenter. (https://www.storycenter.org).
La méthodologie du Digital Storytelling a commencé à se répandre en Europe à partir de 2003, lorsque la BBC a organisé la première conférence internationale sur le Digital Storytelling (DS), à Cardiff, au Pays de Galles. Depuis lors, sa popularité et son usage n’ont cessé de croître dans le monde entier.
Voici une vidéo d’introduction de Joe Lambert sur l’origine de la pratique du Digital Storytelling :
En regardant cette vidéo, si vous le souhaitez, vous pouvez noter et réfléchir sur 5 mots-clés qui résume la nature distinctive du Digital Storytelling en tant que processus et de la Digital Story en tant que résultat.
Si vous ne comprenez pas l’anglais, aucun problème. Il y aura d’autres occasions de réfléchir à ces aspects.
Qu’est-ce qu’une digital story ?
Une digital story est un récit à la première personne sous la forme d’une vidéo de 2 à 3 minutes qui combine la voix off du narrateur avec des images personnelles ou d’autres supports visuels créés ou collectés lors d’un atelier. Le processus auquel nous faisons référence consiste en une méthodologie bien établie à la fois dans le domaine universitaire, artistique et social.
Sa nature hybride, combinant narration et technologie, en fait un outil puissant et flexible qui peut trouver une application dans plusieurs domaines, tels que l’éducation muséale, l’interaction culturelle et la participation du public.
Regarder quelques exemples est la meilleure façon de vraiment saisir l’essence d’un récit numérique et de comprendre pourquoi il est différent des autres types de vidéos :
Regardez maintenant les trois exemples de digital story ci-dessous et complétez l’activité :
« Power of the Pantheon » : https://youtu.be/8sEN9A1zhYA?si=6zZHhJ3z5ODY01l5
« My Heritage on Display » : https://youtu.be/Uis6Q6dgJac?si=ghlAeazAoN-H9yCe
« Polly Pocket » : https://youtu.be/t_N45eJWxnQ
Après avoir visionné ces trois digital stories, répondez aux questions suivantes pour réfléchir à ce qui différencie une digital story des autres types de vidéos.
Quelles sont les principales caractéristiques d’une digital story ? Et quel est le composant le plus important d’une digital story ?
La voix
Le script
Les images
La musique
La combinaison de tous les éléments ci-dessus
Le processus du Digital Storytelling (DS)
La méthode DS a été appliquée de diverses manières dans le monde entier mais, en général, le processus DS suit 5 étapes comme illustré ci-dessous :

Nous décrivons ci-dessous chacune de ces étapes conventionnelles. N’oubliez pas que l’efficacité d’une Digital Story dépend d’une utilisation flexible de cette approche conventionnelle. En parcourant les étapes suivantes, réfléchissez à la manière dont chacune d’entre elles pourrait être utilisée isolément ou en combinaison avec d’autres activités dans le contexte du musée.
1) Briefing et story-circle
Lors de cette phase, les participants sont initiés aux éléments d’une digital story et les différentes étapes du processus et le timing de son déroulement sont expliqués.
Il est généralement recommandé d’envoyer des notes de préparation aux participants à l’avance, afin de leur permettre d’optimiser leur expérience pendant l’atelier.
Après le briefing, le processus proprement dit commence par un story-circle, au cours duquel les participants se regroupent (idéalement en groupes de 8 à 10 par animateur) pour commencer à partager leurs premières idées d’histoire à haute-voix.
2) Écriture (Writing)
Lors de cette étape, l’histoire racontée pendant le story-circle évolue vers un script véritable.
La durée de cette session peut varier en fonction du degré de préparation des participants à l’atelier, selon s’ils ont rédigé un script à l’avance ou non (rédiger une ébauche de script peut en effet être inclus dans les notes de préparation).
Le but de cette phase est de finaliser les scripts pour qu’ils soient prêts à être enregistrés. En général, nous suggérons de ne pas écrire plus de 250 mots, afin de générer une voix off d’environ 2 minutes.
3) Enregistrement (Recording)
C’est à ce moment-là que les éléments techniques du processus DS commencent à entrer en jeu. Les participants sont aidés par l’animateur pour enregistrer leur voix off (la lecture de leur script à voix haute) et faire le montage du fichier audio.
La qualité technique de l’audio et la « qualité » de la voix sont cruciales dans le processus de « création ».
4) Montage (Editing)
Lors de cette phase, les participants sont guidés dans l’utilisation d’un logiciel de montage vidéo pour combiner la bande sonore éditée avec d’autres effets sonores, des photographies personnelles, d’autres éléments visuels, des titres, etc. Il s’agit principalement d’une phase technique mais les aspects créatifs et la collaboration entre les participants sont fondamentaux. Nous suggérons d’utiliser une plateforme de montage vidéo basée sur le cloud comme wevideo https://www.wevideo.com/ car les participants peuvent travailler à partir de différents appareils et peuvent trouver une grande bibliothèque de visuels et de sons.
5) Partage (Sharing)
En général, chaque atelier DS se termine par une séance de projection, au cours de laquelle les participants présentent la vidéo qu’ils ont réalisée et partagent leurs réflexions sur le processus en se faisant mutuellement part de leurs commentaires. Comme nous parlons d’un « objet numérique », il est également important de réfléchir aux implications du partage de la digital story avec un public plus large, si/quand la vidéo est publiée sur le Web.
Storyboarding : un exemple d’adaptation du modèle conventionnel
Qu’est-ce qu’un storyboard ? Pourquoi et comment l’utilise-t-on ?
Les storyboards sont utilisés de diverses manières :
● Écrire une histoire
● Développer des idées
● Expliquer des concepts
● Planifier des actions
● Créer de nouveaux contenus/médias
● Décrire une expérience d’utilisateur
● Instruire
● Communiquer
● Imaginer
… dans une suite (chrono)logique d’actions.
Lors d’un atelier de Digital Storytelling, le storyboard est généralement utilisé pour aider les participants à passer de l’histoire sous forme de texte écrit à l’histoire sous forme de vidéo. Dans le modèle de storyboard dans l’image ci-dessous, vous pouvez voir une séquence de 4 cadres dans lesquels vous pouvez dessiner ou prendre des notes sur les images que vous souhaitez utiliser pour votre vidéo et des lignes pour écrire votre texte en-dessous de chaque cadre.

Si vous n’avez pas assez de temps pour exécuter le processus complet de Digital Storytelling en 5 étapes, vous pouvez mettre en place un exercice de storyboard pour inviter les participants à l’atelier à réfléchir sur un thème, à partir d’un objet et/ou d’une image, et à créer leur histoire en petits groupes ou individuellement pour expliquer ce que cet objet et/ou cette image signifie pour eux. Les participants peuvent dessiner et écrire une description pour chacune des 4 scènes en considérant qu’elles coïncident avec les 4 éléments clés de l’arc narratif : début, élément déclencheur, résolution, fin.
Après avoir travaillé pendant 20/30 minutes sur le storyboard, les participants peuvent ensuite partager oralement leur histoire avec le reste du groupe, tout en montrant leur storyboard, ou ils peuvent créer une courte vidéo en téléchargeant l’image du storyboard dans une application de montage vidéo et en ajoutant une voix off et/ou une bande sonore. Ils peuvent également cocréer une petite exposition de leurs storyboards avec des descriptions écrites pour les afficher dans l’espace de l’atelier.

Lors de l’élaboration du storyboard, les participants doivent garder à l’esprit les conseils suivants.
Ce qu’il faut prendre en compte lors de la création d’un storyboard :
Pourquoi racontez-vous votre histoire ?
Quel est votre public principal ?
Quel est le message/l’action clé que vous souhaitez qu’il prenne en compte ?
Quelles émotions souhaitez-vous provoquer dans les différentes scènes ?
Quelle est votre point-de-vue unique sur un lieu/objet/problème spécifique ?
Le storyboard doit clairement identifier les idées sur les éléments suivants :
- le contexte (où, quand votre histoire se déroule),
- le cadre temporel (rappelez-vous que vous n’êtes pas obligé de raconter une histoire dans l’ordre chronologique, mais vous devez considérer le temps comme un élément clé),
- les personnages clés de votre histoire (rappelez-vous que vous racontez un récit à la première personne, mais la présence d’autres personnes peut rendre votre histoire plus intéressante),
- les visuels et le son que vous souhaitez inclure,
- et… n’oubliez pas le titre de votre Digital Story !

Pourquoi utiliser le Digital storytelling pour impliquer le public dans les musées, les galeries et les sites historiques ?
Le Digital Storytelling est souvent conçu comme une activité basée sur des objets. En fait, pendant le story-circle, les participants sont invités à raconter leur histoire unique en se servant d’un objet personnel (ou d’une photo) qu’ils ont apporté à l’atelier comme support.
Lors de l’adaptation du Digital Storytelling à l’éducation muséale et à la participation du public, l’objet personnel peut facilement être remplacé par un artefact ou une série d’objets du musée pour susciter des réflexions sous la forme d’un récit personnel.
Il existe de nombreux exemples réussis d’utilisation du Digital Storytelling suscité par les collections des musées qui ont permis aux éducateurs de brouiller les frontières entre le numérique et le non-numérique et d’élargir les possibilités d’interaction avec des objets ou des artefacts, renforçant ainsi les liens entre le musée/l’institution culturelle et de nouveaux publics.
Ce qui rend le Digital Storytelling particulièrement efficace dans ce contexte, c’est que pendant le processus de narration numérique, les participants ont la possibilité d’exprimer leur créativité et de se prouver qu’ils sont capables de se lancer dans de nouvelles activités tout en apprenant de nouvelles compétences sans se sentir intimidés par « un manque de connaissances ou de capacité à comprendre » : de récepteurs de savoir, ils deviennent producteurs de savoir, car eux-seuls peuvent connaître leurs expériences personnelles et leurs souvenirs liés à un objet/artefact particulier.
La combinaison du processus de Digital Storytelling avec une visite dans un musée ou un site du patrimoine culturel donne aux participants l’occasion de partager des récits personnels et d’apprécier le caractère unique de chaque histoire. Grâce à la narration, les participants et les visiteurs du musée peuvent réfléchir à leurs liens personnels et émotionnels avec les artefacts, sans nécessairement tenir compte de l’explication qu’en donne le musée. Ce processus leur permet de passer d’une approche cognitive de l’interprétation des objets de musée à une approche émotionnelle, où la priorité pour chaque participant est de faire preuve d’empathie envers l’histoire de l’objet à travers ses propres expériences personnelles.
En facilitant les discussions et la réflexion autour des objets et en soutenant la créativité lors de la production des digital story, le Digital Storytelling donne aux participants l’occasion d’explorer de nouveaux « outils » pour réduire les obstacles existants à l’implication avec et à l’appréciation des collections du musée.
L’efficacité de l’utilisation des objets de musée comme incitation à la narration est également pertinente comme moyen de validation des points de vue personnels et divers sur le même objet. Cela renforce et approfondit la connexion avec la culture, car le processus de digital storytelling ne consiste pas seulement à créer une histoire personnelle, mais aussi à entendre d’autres histoires et à faire comprendre que nous faisons tous partie de la culture.
Vous pouvez en savoir plus sur la façon dont le Smithsonian Office for Educational Technology a travaillé avec Antonia Liguori pour appliquer le Digital Storytelling au sein du Smithsonian Learning Lab en cliquant sur ce lien : https://research.tees.ac.uk/en/publications/digital-storytelling-in-cultural-and-heritage-education-reflectin
Prendre en compte les TSA en particulier
Notre projet se concentre en particulier sur les personnes atteintes de troubles du spectre autistique, un trouble du neurodéveloppement qui peut affecter la façon dont les gens interagissent avec les autres, communiquent, apprennent et se comportent. Être autiste ne signifie pas que les gens sont atteints d’une maladie. Cela signifie que leur cerveau fonctionne d’une manière différente de celle des autres. L’autisme est un spectre et cela signifie que chaque personne présentant des troubles du spectre de l’autis est différente – comme nous sommes tous différents les uns des autres. L’autisme est complexe et souvent mal compris, en particulier parce que les gens ont tendance à généraliser et ne réalisent pas que certaines personnes présentant des troubles du spectre de l’autis ont besoin de peu ou pas de soutien, et que d’autres peuvent avoir besoin de l’aide d’un parent ou d’un soignant au quotidien.
Dans le contexte de ce projet et au-delà, il est important de souligner que les gens ne sont pas définis par leur diagnostic : ils ont tous leur singularité, et ils/nous sommes tous experts de leur propre vie par expérience. C’est pourquoi l’éthique du Digital Storytelling est particulièrement en phase avec la vision de créer un environnement inclusif dans les musées, les galeries et les sites patrimoniaux.
Le Digital Storytelling est un processus et une pratique qui reposent sur des principes de soin : toute activité du Digital Storytelling vise à offrir un espace sûr pour l’expression créative sans toutefois se concentrer sur les capacités ou les réalisations individuelles.
En tant qu’approche inclusive, le Digital Storytelling fonctionne mieux lorsque la flexibilité et l’adaptabilité sont de mise pour garantir le bien-être des participants, et que le résultat n’est pas prédéfini.
Lors de la planification d’une activité de Digital Storytelling, nous devons nous éloigner d’une réflexion sur la difficulté des tâches – ce que les personnes présentant des troubles du spectre de l’autisme ou non sont capables de faire ou non – pour nous concentrer de manière plus holistique sur les relations entre l’individu et le groupe.
En adaptant le processus conventionnel en 5 étapes et en laissant une marge de manœuvre pour qu’une exploration créative des objets/artefacts émerge au cours du processus, nous serons en mesure de promouvoir la création individuelle sensible et de fournir une plate-forme pour qu’à l’aide de moyens créatifs et novateurs nous puissions générer et prendre en compte les points de vue spécifiques des participants bien au-delà des moyens de communication standards.
La multimodalité d’une digital story permet la liberté d’expression à travers de multiples langages – verbaux, musicaux, visuels – dans leur interconnexion ou isolément, offrant à chacun différentes manières d’explorer et de représenter ses points de vue.
Les règles sociales implicites ne sont parfois pas interprétées par tout le monde de la même manière, c’est pourquoi l’aspect collaboratif de l’approche du Digital Storytelling doit être adapté à chaque individu et à chaque groupe.
L’activité suivante n’est qu’un exemple de la manière dont une activité de Digital Storytelling pourrait être adaptée à un atelier dans un musée ou une galerie, brouillant les frontières entre l’engagement synchrone et asynchrone dans l’espace numérique et l’espace physique.
Cliquez sur ce lien pour accéder à cet exemple d’activité sur le site du Smithsonian Learning Lab : https://learninglab.si.edu/collections/digital-spektrum-digital-storytelling-as-an-inclusive-tool-for-audience-engagement/cKVOGYSE1hHWo72D
Cet exemple n’est donné qu’à titre d’inspiration, vous pouvez concevoir votre propre activité en considérant le Digital Storytelling comme une pratique créative et inclusive pour travailler avec un large éventail de participants.
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Cet exemple n’est donné qu’à titre d’inspiration, vous pouvez concevoir votre propre activité en considérant le Digital Storytelling comme une pratique créative et inclusive pour travailler avec un large éventail de participants.

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